Le manifeste du 106
Tissons le monde d'après...
1. L’origine du 106
Le Collectif 106 est né d’un constat simple : notre pays et plus largement le modèle de nos démocraties occidentales traversent une crise de confiance profonde.
Les citoyennes et citoyens doutent de plus en plus des institutions, de la parole publique et de la capacité de l’État à répondre à leurs réalités quotidiennes. La montée des colères, des replis identitaires et des polarisations n’est pas un accident, mais bien le symptôme de la fin d’un cycle. Elle traduit une rupture durable entre la décision politique telle que nous l’avons connue jusqu’ici et la vie réelle.
Dans le même temps, l’effondrement du vivant et l’essor de l’intelligence artificielle accélèrent la transformation de nos sociétés humaines et nous placent face à nous-mêmes d’une manière certainement inédite.
Nous avons la conviction forte que nous ne vivons pas simplement une crise passagère : nous vivons un changement d’époque profond.
Plutôt que de s’efforcer à restaurer le système politique et l’organisation de la société qui ont pu fonctionner hier, le 106 fait le choix d’acter ce changement d’époque, et d’agir sur ce changement dès maintenant pour ne pas le subir. Il s’agit alors de analyser cette bascule sans détours, de penser ce monde qui vient, et d’agir en contribuant à reconstruire un pacte de confiance fondé sur le lien sensible entre humains et au vivant.
2. Notre positionnement
Le 106 est un collectif citoyen non partisan.
Il rassemble des actrices et acteurs du terrain (élus, soignants, éducateurs, responsables associatifs, entrepreneurs, etc.), des agents de l’État, des collectivités et des chercheurs, ainsi que des designers et des prospectivistes.
Ses membres sont majoritairement ancrés dans les régions en prise directe avec les réalités du terrain. Le collectif veille à l’équilibre entre les profils, les territoires, le genre et les sensibilités.
Nous partageons une conviction commune : les réponses aux crises actuelles ne viendront ni uniquement des institutions centrales, ni uniquement des initiatives locales, mais de leur articulation renouvelée.
Dans un monde qui renforce chez chacun un sentiment de déconnexion au réel, sous l’effet conjoint de l’intelligence artificielle, de l’optimisation permanente de la performance et de la médiation technologique, nous affirmons la nécessité de prendre en compte la dimension sensible de l’être humain dans son lien à lui-même, aux autres et au vivant. Nous posons cela comme condition même de la fondation d’une société pleinement humaine.
Nous sommes une plateforme de réflexion, d’action et de propositions au service de l’intérêt général.
Nous défendons une démocratie humaine et émancipatrice, une démocratie de proximité, de responsabilité et de coopération.
3. Notre mission
La mission du Collectif 106 est de contribuer à refonder un pacte de confiance entre citoyennes et citoyens, territoires et institutions.
Pour cela, nous poursuivons quatre objectifs principaux :
- rendre visibles et lisibles les initiatives territoriales qui inventent déjà le monde de demain par leurs solutions et intuitions ;
- fonder des récits collectifs capables de redonner sens et cohérence à l’action publique ;
- élaborer des propositions concrètes de transformation des politiques publiques en partant du premier kilomètre ;
- renforcer le pouvoir d’agir des citoyens et des acteurs locaux.
Nous considérons que la démocratie ne se régénère pas uniquement par des réformes institutionnelles, mais par une transformation des pratiques, des récits et des modes de décision.
4. Notre approche pour le monde d’«A.P.R.E.S.»
Notre action s’organise autour de cinq principes structurants.
A comme Acter le changement d’époque
Nous reconnaissons que le cadre économique, écologique, technologique et politique hérité de l’après-guerre est arrivé à un point de saturation. L’objectif n’est pas de restaurer un équilibre qui a été mais qui n’est plus, mais bien de construire le nouveau cadre humain de stabilité démocratique.
P comme Problème
Nous savons que l’on ne peut pas faire partie de la solution tant que l’on ne comprend pas en quoi on fait partie du problème. La centralisation excessive et le manque de connexion au terrain des élites est désormais un obstacle à l’efficacité de l’action publique et à la confiance citoyenne. Après « Bruxelles », c’est « Paris » qui est devenu le symbole d’un mode de gouvernance trop éloigné des réalités territoriales.
R comme Récits
La crise actuelle est aussi une crise des récits. Nous travaillons à faire émerger un récit politique global fondé sur les expériences réelles et humaines, la capacité d’agir et la projection vers l’avenir, plutôt que sur la peur, la nostalgie ou la dénonciation.
E comme Élaborer
Nous concevons des solutions opérationnelles, à partir de situations concrètes, en associant citoyens, professionnels, designers, prospectivistes, chercheurs et décideurs publics. Nous privilégions des dispositifs directement transposables à l’échelle 1.
S comme Sens
Gouverner par le sens consiste d’abord à créer les conditions de la compréhension mutuelle, de la confiance et de la capacité collective à agir. Nous défendons une conception du pouvoir comme étant au service d’un pacte renouvelé et partagé.
5. Trois horizons d’action pour préparer le monde d’après
Court terme : rendre visible la dynamique territoriale
À court terme, notre priorité est de lutter contre la polarisation qui détruit notre démocratie. On entend l’arbre qui tombe mais pas la forêt qui pousse. A rebours de ceux qui ne veulent faire entendre que les arbres qui tombent, nous affirmons qu’une forêt pousse, partout. Il s’agit ainsi de donner une visibilité nationale aux initiatives qui transforment déjà les territoires et de nourrir le débat public à partir de ces expériences.
Mot d’ordre : « Donnons une voix à la forêt qui pousse ! »
Moyen terme : transformer les processus de gouvernance
Nous travaillons à inverser la logique actuelle des politiques publiques : partir du vécu des citoyens et des territoires pour concevoir les normes, les dispositifs et les décisions nationales, concevoir des modalités renouvelées de gouvernance par le sens et par grands objectifs.
Mot d’ordre : « Inversons la logique du dernier kilomètre ! »
Long terme : préparer le monde d’après
À long terme, et dans une démarche prospective, notre ambition est de contribuer à une transformation durable de la manière de faire société, intégrée dans une vision émancipatrice d’une humanité plus consciente d’elle-même et de son rapport au monde.
Mot d’ordre : « Tissons le monde d’après ! »
6. Notre action et nos priorités
Nous agissons comme une interface entre territoires, expertise et décision publique.
En particulier, le collectif agit en reliant continuellement :
- les initiatives territoriales ;
- les expertises publiques et scientifiques ;
- les décideurs et les citoyens.
Nous produisons :
- des récits actuels et prospectifs, fondés sur le terrain et notre intuition du monde à venir ;
- des propositions opérationnelles, éclairées par la science ;
- des espaces de dialogue et d’expérimentation.
Nos priorités
Territoires et gouvernance
Replacer les territoires au cœur de la décision publique. Renforcer la démocratie locale. Favoriser les expérimentations territoriales.
Démocratie et participation
Développer des formes permanentes de consultation citoyenne. Articuler
représentation et participation. Rendre les décisions plus lisibles et plus partagées.
École, santé et services publics
Recentrer les services publics sur l’usager réel. Renforcer la proximité et la continuité des services. Soutenir les innovations éducatives et sanitaires issues des territoires.
Économie, production et souveraineté
Relocaliser les productions essentielles. Renforcer la résilience économique des territoires. Soutenir une économie utile, sobre et durable.
Transition écologique et vivant
Intégrer les limites écologiques dans toutes les politiques publiques. Soutenir la résilience locale. Protéger la biodiversité et les ressources.
Numérique, IA et humanité
Développer une gouvernance démocratique du numérique et de l’IA. Protéger les données et les libertés. Former massivement aux usages critiques.
7. Conclusion
Nous changeons d’époque. Mais le monde d’après ne se décrète pas : il s’imagine, il s’anticipe et il se travaille. Le rêve est la première forme sensible que l’on donne au futur. A partir de là, le monde d’après se construit, patiemment, à partir des territoires, des citoyens et du vivant. Il se forge à l’aune des liens que nous créerons. Les membres du 106 s’engagent à y contribuer.
