NEWSLETTER #01

PREMIÈRE CLINIQUE DU 106 :

SAUVIAT, UN LABORATOIRE RURAL VIVANT

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ARTICLE COMPLET – PREMIÈRE CLINIQUE DU 106 : SAUVIAT, UN LABORATOIRE RURAL VIVANT –

Rachel Bournier, maire de Sauviat ayant 599 habitants dans le Puy-de-Dôme, présente une commune rurale typique de ses défis : 32 hameaux dispersés sur 15 km², 35 km de voies communales, un bourg excentré, sans école depuis 52 ans et services publics évanouis.

Malgré cela, des dynamiques positives émergent : épicerie associative, bistrot et Espace de Vie Sociale La Bacholle avec 65 adhérents. La commune compte 80-95 jeunes de moins de 12 ans et une population jeune dynamique mais 60 foyers, une partie significative, vivent Sauviat comme un « dortoir » proche de Courpière, faute de liens communautaires et d’interconnaissance. 90% des habitants doivent prendre un véhicule motorisé pour travailler ou étudier, d’où l’urgence des projets : véhicule sans permis pour les jeunes, réfection des voiries, logements seniors / intergénérationnels au centre-bourg pour limiter les déplacements et un PLU paysager intégrant la mobilité. Un stagiaire questionne actuellement les pratiques et freins (infrastructures ? conscience écologique ? alternatives manquantes ?) pour faire évoluer les habitudes vers la marche et le vélo.


La clinique des communes, le check-up des territoires

Il s’agit d’un accompagnement pratique pour les communes, conçu comme un « check-up » médical appliqué aux territoires : on observe les symptômes (isolement, dépendance automobile, défis écologiques), on diagnostique ensemble avec les élus, on propose un traitement adapté à chaque cas, puis on suit l’évolution pour ajuster. Le processus se déroule en quatre étapes concrètes : d’abord, l’écoute du terrain où on expose des problèmes réels ; ensuite, la mobilisation des expertises du 106 par des élus, chercheurs et animateurs sans jargon technocratique ; troisièmement, l’inventaire des ressources locales comme les associations, financements et compétences sous-utilisées ; enfin, la production de de prototypes ou expériences testables. L’idée du 106 est donc de tisser du lien entre les différents acteurs experts dans le domaine.

Des échanges qui tissent liens et projets concrets

Les échanges autour des défis de Sauviat ont rapidement dépassé le simple diagnostic pour faire émerger des pistes actionnables et des alliances fertiles.

Le covoiturage, piste prioritaire pour Rachel Bournier, reste bloqué : il faut d’abord comprendre pourquoi les habitants ne l’ont pas spontanément initié car l’effet de seuil est déterminant, sans assez d’offres initiales, la demande ne suit pas. L’urgence est de penser un lancement stratégique de l’outil, au-delà de sa conception technique.

Pour créer de l’interconnaissance, le tiers-lieu La Bacholle doit jouer entièrement son rôle : partir des problèmes de voisinage pour lancer des cercles de parole ou faire intervenir des artistes travaillant la marche et le rapport au territoire.

Le paysage, identifié comme potentiel fédérateur, pourrait se décliner en atelier : chaque habitant dessine sa « carte postale » personnelle, « De quoi suis-je fier dans mes paysages ? », face au manque cruel d’histoire commune dans cette commune-dortoir sans identité forte.

Côté mobilités douces, le groupe propose de créer et baliser des chemins de marche accessibles reliant les hameaux (peu de sentiers existants aujourd’hui) et d’installer des spots d’auto-stop organisé.


Témoignage du 106 : l’autopartage électrique qui change la donne

Florent Pauly (Ariège, commune de 600 hab.) :

« Nous avons installé un véhicule électrique en autopartage : 80% financé (54% Fonds vert mobilité + 30% Région). Après 4-5 mois, il est loué 4,5 jours/semaine. La hausse des carburants a boosté les réservations de +30% dès la 1re semaine ! 3-4 foyers ont vendu leur 2e voiture et utilisent le véhicule partagé. Même les plus réticents se sont convertis à l’électrique. »

Une première brique d’un récit territorial commun

Ces retours d’expérience, ces suggestions croisées, cette mise en relation entre maires, habitants et praticiens, voilà comment le 106 transforme un constat en projet collectif vivant, prêt à être testé sur le terrain. Les Jeudis du 106, avec leur Clinique des communes, répondent donc à cet appel : un espace pour que les territoires se racontent, s’entraident et se réinventent ensemble.

Mais, ce récit 106 que nous venons de vous relater n’ignore ni les difficultés ni les inégalités. Il les regarde en face. Mais il refuse d’en faire une fatalité. Il propose de partir des forces déjà là, des liens déjà tissés, des compétences déjà présentes, pour construire des réponses utiles, situées et désirables. En cela, via les Jeudis du 106, nous voulons dire quelque chose de très simple et de très fort : les territoires n’attendent pas qu’on parle à leur place. Ils ont besoin d’espaces pour se raconter, se relier et agir ensemble !

par Cécile CATHELIN