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FAIRE CONFIANCE AUX « PROS »
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ARTICLE COMPLET – FAIRE CONFIANCE AUX « PROS » –
Nous voulons vous parler d’une expérience pédagogique qui bouscule les idées reçues sur la voie professionnelle. Ca se passe à Saint-Ouen, en région parisienne. L’initiative est portée par l’association « Club Entreprises Lycée Marcel Cachin», créée par trois professeurs. Il s’agit d’un programme d’accompagnement intensif aide des élèves de terminale bac pro (maintenance chauffage-ventilation-climatisation) à reprendre confiance, se projeter, et surtout… à décrocher un contrat avant même l’examen.
A l’occasion de l’un de nos « JEUDI 106 », Pierre Jubault raconte : « Ils arrivent en jogging et baskets. Ils ne savent pas trop ce qu’ils font là. Personne ne leur a jamais vraiment dit qu’ils pouvaient réussir. »
Ce sont les élèves du « ventre mou » — ni les meilleurs, ni les plus en difficulté. Ceux qu’on laisse souvent glisser. Et pourtant dans cette voie professionnelle, ils se destinent à un métier qui compte : maintenir les systèmes de chauffage, de ventilation, de climatisation dans les immeubles, les hôpitaux, les équipements publics. Un secteur en tension, mal connu, et qui pourtant est essentiel à la transition énergétique.
Pierre Jubault voit les choses autrement. Ancien vice-président étudiant à l’université, il a choisi de passer un CAP après son master et d’enseigner ici. Il a commencé par des choses simples. Des costumes — de vrais costumes, de chez Balmain, Hugo Boss ! — collectés chaque année auprès des 500 à 600 employés de L’Oréal voisins, via sa politique RSE. Les élèves les enfilent et immédiatement quelque chose se transforme en eux. Certains viennent maintenant en costume tous les jours, en abandonnant joggings et baskets. Le regard des autres change aussi , mais surtout le leur.
Un photographe professionnel, financé par le Campus des Métiers et Qualifications, immortalise leurs portraits. Ils remplissent leur CV, activent les profils LinkedIn créés dès la première, et créent des vidéos de motivation tournées en trente secondes sur un chantier, téléphone à la main, montées sur CapCut. Ils visitent des sites prestigieux, de la Tour Eiffel à l’Arche de la Défense. Ils participent au concours « Je filme ma formation » et se retrouvent à présenter devant 3 000 personnes. Certains n’avaient jamais pris la parole en public : c’était une première !
Les résultats sont là. Dès la première année, 36 élèves sur 40 repartent avec une alternance ou un CDI — 90 % de placement. Dalkia a recruté 15 élèves sur 15 présentés. En mars, un job dating régional a réuni 250 lycéens de 20 établissements franciliens : 125 propositions d’alternance ou de CDI en une journée. Certains élèves reçoivent jusqu’à six offres, avec des salaires parfois supérieurs à ceux de leurs parents.
Le programme déborde largement des murs du lycée. À l’Assemblée nationale, élèves, recruteurs et anciens de la filière se retrouveront en septembre 2026 autour d’une table pour dire ce qui fonctionne — et ce qui bloque. Car beaucoup de choses bloquent, ou crispent. Comme ce voyage au ski, et 16 000€ de collecte de fonds privés sur les 20 000€ en tout, de sorte que l’initiative a couté à chaque élève 90 euros tout compris. Et pour les trois quarts, c’était une première.
Certes, les textes permettent d’expérimenter, et la loi de 2019 ouvre des marges. Mais entre ce qui est possible sur le papier et ce qui se passe dans les couloirs de l’administration, il y a un monde, raconte Pierre Jubault. Des conventions de stage de dix pages en trois exemplaires qu’on a du mal à envoyer par mail. Des décharges insuffisantes face à 50 à 60 mails par mois. Une absence de reconnaissance de cet accompagnement. Des élèves formés, compétents, prêts, mais parfois sans papiers en règle, et qui sont donc impossibles à recruter légalement.
par Francois GERMINET
